Bulletin de la recherche psi · 28 août 2026
Recherches psi en 2026 : des protocoles plus ambitieux, des conclusions encore fragiles
Neuro-imagerie, conscience pendant l'arrêt cardiaque, lucidité terminale, génomique et outils d'intelligence artificielle : bilan critique des publications repérées en août 2026.
À retenir
Les publications parues ou repérées en août 2026 ne modifient pas à elles seules l’état des preuves concernant le psi. Elles signalent toutefois une évolution réelle du champ. Les recherches mobilisent désormais la neuro-imagerie, la génomique, les essais cliniques et l’intelligence artificielle. Cette sophistication ouvre de nouvelles voies, sans faire disparaître les difficultés anciennes : définition du phénomène, choix du critère primaire, multiplicité des analyses, faible puissance et manque de réplications indépendantes.
1. La neuro-imagerie soumise à un premier inventaire critique
La revue systématique de David Acunzo et de ses collègues examine 143 rapports correspondant à 129 études, dont 91 % reposent sur l’EEG. Les auteurs distinguent les paradigmes explicites, dans lesquels une performance comportementale doit d’abord établir la réception d’information, et les paradigmes implicites, où l’effet est directement défini par une variation physiologique ou cérébrale.
Cette distinction met en évidence un glissement récurrent. Lorsque la performance comportementale ne dépasse pas le hasard, certaines études poursuivent néanmoins les analyses cérébrales et interprètent un contraste neuronal comme un indice de psi. Un corrélat cérébral ne peut pourtant tenir lieu de preuve du processus recherché lorsque l’indicateur qui devait établir ce processus reste nul.
La revue identifie deux candidats à tester plus rigoureusement : des variations de puissance alpha dans certaines tâches à choix forcé et une onde lente négative liée à la cible dans certains protocoles événementiels. Son apport principal consiste à préciser les conditions sous lesquelles un corrélat neurophysiologique deviendrait interprétable.
Référence
Acunzo, D. J., Denton, A. H., Weiler, M., et Kelly, E. F. (2026). « Neuroimaging studies of extra-sensory perception: A systematic and critical review ». NeuroImage, 333, 121937. DOI.
Niveau de lecture : essentiel.
2. Tester la conscience au cours de l’arrêt cardiaque
Une étude publiée dans The Innovation annonce un essai randomisé en double aveugle mené dans treize établissements britanniques et espagnols. Des sons sélectionnés à l’aide de circuits quantiques étaient diffusés au cours d’arrêts cardiaques. Après réanimation, les survivants capables de répondre devaient accomplir une tâche de reconnaissance. Parmi 2 418 arrêts cardiaques et 677 survivants, 142 patients ont finalement été répartis entre trois conditions.
Le dispositif introduit des cibles contrôlées dans une situation clinique réelle. La conclusion de conscience quantique non locale reste insuffisamment établie. La sélection des seuls survivants capables de répondre intervient après la randomisation. Les nombreux tests rendent la multiplicité analytique difficile à reconstruire. Enfin, l’intrication utilisée lors de la sélection informatique ne crée pas, à elle seule, un canal quantique entre le circuit et le patient une fois le stimulus converti en son ordinaire.
L’étude fournit donc un candidat à la réplication, non une démonstration du mécanisme annoncé.
Référence
Escolà-Gascón, Á., Drinkwater, K., Denovan, A., et al. (2026). « Quantum evidence of nonlocal consciousness during clinical death ». The Innovation, 101355. DOI.
Niveau de lecture : essentiel pour audit critique.
3. La lucidité terminale entre dans des séries cliniques délimitées
Kumari, Tiwari et Chandra ont examiné rétrospectivement vingt décès consécutifs survenus en 2025 dans un centre d’oncologie gynécologique. Trois patientes ont présenté un retour inattendu d’une communication cohérente après une réduction marquée de la conscience. Les épisodes ont duré de une à trente heures et les décès sont survenus quatre à trente-six heures plus tard.
La recherche progresse par rapport aux collections de témoignages, puisque les cas sont recherchés dans un ensemble défini. Son interprétation reste limitée par l’absence d’évaluation cognitive standardisée et d’enregistrement physiologique. Les descriptions portent surtout sur des fluctuations de l’éveil et de la communication. L’une des patientes souffrait en outre d’une encéphalopathie urémique sévère, susceptible de fluctuer.
Une étude prospective devrait associer évaluations cognitives, paramètres métaboliques, traitements, profondeur du délirium et chronologie détaillée.
Référence
Kumari, S., Tiwari, A., et Chandra, R. (2026). « Terminal lucidity in women with advanced gynecologic cancer: A case series and focused review of the literature ». International Journal of Reproduction, Contraception, Obstetrics and Gynecology, 15(9), 3645-3648. DOI.
Niveau de lecture : sélectif.
4. Des corrélats génétiques des expériences dites psychiques ?
Une étude exploratoire analyse les données génétiques de 102 personnes déclarant des expériences psychiques. Un classificateur Random Forest distingue les scores élevés et faibles, puis retient 212 variants candidats après permutations et correction du taux de fausses découvertes. Le variant le mieux classé, rs10410488, est associé au gène ARHGEF18.
Il faut définir exactement ce qui est mesuré. La variable expliquée n’est pas une performance psi contrôlée, mais la déclaration d’expériences subjectives. Les associations peuvent donc concerner l’attention accordée aux expériences inhabituelles, leur mémorisation ou leur interprétation. L’effectif est très faible pour une analyse génomique et aucune cohorte indépendante ne valide les candidats. Le travail formule des hypothèses reproductibles, sans établir une composante génétique du psi.
Référence
Wahbeh, H., Delorme, A., Cannard, C., Rossner, R., Yount, G., et Radin, D. (2026). « Genomic correlates of self-reported psychic experiences: An exploratory analysis ». Explore, 22(4), 103416. DOI.
Niveau de lecture : sélectif.
5. Le biais de publication en parapsychologie est-il un mythe ?
Tressoldi et Storm comparent la fréquence des résultats significatifs dans quatre domaines : choix forcé, Ganzfeld, remote viewing et présentiment. Dans le corps de l’article, 168 expériences sur 249, soit 67,5 %, donnent un résultat non significatif. Parmi les expériences confirmatoires inscrites au registre de la Koestler Parapsychology Unit, cette proportion atteint 55 sur 71, soit 77,5 %.
Ces chiffres montrent que la littérature spécialisée diffuse de nombreux résultats nuls. Ils ne mesurent toutefois pas directement le biais de publication. La proportion de résultats significatifs dépend aussi de la puissance, de la taille des effets, du nombre d’hypothèses et des pratiques analytiques. Une discipline composée d’études sous-puissantes peut publier beaucoup de résultats nuls tout en restant soumise à une sélection.
L’article classe en outre une étude comme positive dès qu’une de ses expériences est significative. Enfin, le résumé annonce 165 études et 243 expériences, tandis que la méthode et les résultats en annoncent 171 et 249. L’analyse documente une tolérance éditoriale aux résultats nuls, sans démontrer que le biais de publication est absent ni qu’il ne modifie pas les estimations méta-analytiques.
Référence
Tressoldi, P., et Storm, L. (2026). « The myth of publication bias in psi research: A comparison between parapsychology and mainstream psychology ». Journal of Scientific Exploration, 40(2), 232-240. DOI.
Niveau de lecture : essentiel pour audit méthodologique.
6. L’intelligence artificielle peut-elle cartographier le champ ?
La plateforme LivingMeta propose une synthèse continuellement actualisée de la recherche sur la cognition anomale. Son export du 26 août 2026 recensait 2 371 documents. Le système surveille les publications, les classe par domaine, extrait des passages sources et tente de convertir les résultats en tailles d’effet comparables.
L’outil peut devenir utile pour repérer des articles dispersés. Il révèle déjà les risques de l’automatisation. Une prépublication EEG sur les expériences corporelles inhabituelles était classée comme implicit ESP alors qu’elle ne testait aucune réception d’information anomale. Des protocoles déposés sur Zenodo étaient présentés comme des articles scientifiques.
La plateforme est donc plus crédible, à ce stade, comme moteur de découverte que comme source autonome de conclusions méta-analytiques.
- LivingMeta, Anomalous Cognition
- Wolters, M. J. J. (2026). From Search to Synthesis: A Living Research Platform for AI-Augmented Evidence Mapping. Rapport méthodologique.
Niveau de lecture : brève notice.
7. Les programmes à suivre après le congrès PA-AIPR
Les actes du congrès Parapsychology Dialogues 2026 signalent plusieurs programmes à surveiller : labilité temporelle et cognition anomale, synchronisation inter-cérébrale dans des tâches dyadiques, imagery cultivation comme alternative active au Ganzfeld, lucidité terminale chez l’enfant, analyse de plus de 2 000 dossiers de poltergeists et latéralité manuelle dans une tâche de rétrocausalité.
Les résumés ne permettent pas encore d’évaluer complètement les procédures, les effectifs ou les corrections statistiques. Ils constituent avant tout une carte des publications à venir.
Storm, L., et Evrard, R. (dir.). (2026). Parapsychology Dialogues 2026: Abstracts of Presented Papers. Parapsychological Association. Actes du congrès.
Ce qui change réellement
Ces travaux montrent surtout une transformation des objets et des méthodes. La recherche s’étend à des dispositifs plus complexes et plus coûteux. Plus un protocole comporte de mesures, de marqueurs et de modèles, plus il devient nécessaire de fixer à l’avance ce qui constituera le résultat principal.
Une seconde évolution concerne la séparation entre exploration et confirmation. Les études exploratoires peuvent produire des variants génétiques, des marqueurs EEG ou des signatures physiologiques candidats. Leur valeur réside dans la formulation d’hypothèses précises. La confirmation commence lorsque ces hypothèses sont testées prospectivement sur de nouvelles données.
Enfin, la discipline semble mieux accepter la publication des résultats nuls et le recours aux registres. Cette évolution ne remplace ni la puissance statistique, ni la réplication indépendante, ni les Registered Reports, ni les méta-analyses prospectives.