Bulletin de la recherche psi · 6 septembre 2026

Sommeil, rêves lucides et expériences exceptionnelles : travaux connexes à suivre

Quatre recherches sur les états mentaux pendant le sommeil et deux thèses consacrées au controlled remote viewing et à l'accueil clinique des expériences dites paranormales.

Une thèse en sciences de l’information consacrée au remote viewing

Pierre-Michael Micaletti a soutenu le 27 novembre 2025, à l’Université Paris 8, une thèse intitulée Un comportement de recherche informationnelle atypique à l’ère de la société de l’information et de l’IA : le cas original du Controlled Remote Viewing.

À partir d’une recherche-action, d’observations et d’entretiens avec des praticiens, l’étude aboutit à deux résultats principaux. Premièrement, la pratique du CRV paraît mobiliser et possiblement renforcer plusieurs habiletés cognitives, notamment l’imagerie mentale, l’attention, l’autorégulation et la flexibilité cognitive. Cette première hypothèse est jugée recevable par l’auteur. Deuxièmement, les entretiens indiquent que les praticiens vivent le CRV comme un moyen d’accroître leur autonomie dans la recherche d’information, résultat encore à consolider.

La thèse ne teste pas directement l’acquisition paranormale d’informations et ne conclut donc pas sur l’efficacité objective du remote viewing. Son apport réside dans l’étude universitaire du CRV comme activité cognitive et informationnelle, désormais constituée en objet de recherche au sein des sciences de l’information et de la communication.

Micaletti, P.-M. (2025). Un comportement de recherche informationnelle atypique à l’ère de la société de l’information et de l’IA : le cas original du Controlled Remote Viewing [Thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis]. Notice officielle ; article préparatoire sur HAL.

Niveau de lecture : sélectif.

Sommeil, rêve et cognition : trois résultats complémentaires

Trois études publiées en 2026 par des équipes associées à Isabelle Arnulf précisent les relations entre état physiologique, expérience consciente et activité cognitive. Elles conduisent à distinguer le stade de sommeil, le caractère onirique de l’expérience, l’accès aux informations extérieures et la capacité à effectuer une opération cognitive.

Des états mentaux oniriques pendant la veille

Decat et ses collègues ont enregistré l’activité EEG de 92 participants au cours de deux périodes de repos diurne. Lors de réveils provoqués, les participants décrivaient leur activité mentale et l’évaluaient selon quatre dimensions : bizarrerie, fluidité, spontanéité et sentiment d’être éveillé. L’analyse de 375 rapports a fait apparaître quatre profils d’expérience distincts. Chacun pouvait survenir pendant la veille, le sommeil N1 ou le sommeil N2.

Les auteurs identifient également des signatures EEG liées à ces profils mentaux, concernant la puissance spectrale, la complexité et la connectivité cérébrale, indépendamment du stade de vigilance. Le résultat principal montre donc qu’un état mental présentant des caractéristiques oniriques peut apparaître alors que le sujet est physiologiquement éveillé. Le contenu de l’expérience dépendrait davantage de la dynamique cérébrale momentanée que de la seule classification conventionnelle en veille, N1 ou N2.

Decat, N., Le Coz, A., Sénéchal, J., Scellier-Dekens, I., de Verville, H., Herzog, R., Lejeune, F.-X., Arnulf, I., Andrillon, T., et Oudiette, D. (2026). « Dream-like mental states can occur during wakefulness ». Cell Reports, 45(4), 117237. DOI.

Le sommeil paradoxal réorganise les associations sémantiques

Bieth et ses collègues ont demandé à des participants de travailler sur une énigme avant et après une période d’incubation de 90 minutes comprenant soit du sommeil paradoxal, soit uniquement du sommeil non paradoxal, soit un maintien à l’état de veille. Une méthode issue de la science des réseaux permet de comparer l’organisation des associations sémantiques liées au problème avant et après l’incubation.

Par rapport à la veille, le sommeil paradoxal rapproche des concepts initialement éloignés et affaiblit certaines associations fortes, quoique inutiles pour résoudre le problème. Les mesures EEG associent cette restructuration à la richesse de l’activité cognitive durant le sommeil paradoxal. Cette transformation du réseau sémantique n’améliore toutefois pas directement le taux de résolution de l’énigme. Le sommeil paradoxal paraît donc favoriser une recomposition des représentations disponibles, sans garantir l’apparition d’une solution consciente.

Bieth, T., Decat, N., Kenett, Y. N., Scuccimarra, M., Ovando-Tellez, M., Lopez-Persem, A., Lacaux, C., Ben Younes, S., Le Coz, A., Moreno-Rodriguez, S., Arnulf, I., Volle, E., et Oudiette, D. (2026). « REM sleep favors the restructuring of problem-related semantic associations ». Communications Biology, 9, 1171. DOI.

Des décisions lexicales restent possibles pendant certains états de sommeil

Xia et ses collègues ont réanalysé des réponses produites pendant le sommeil par des participants sains et des personnes atteintes de narcolepsie. Les participants devaient distinguer des mots réels de pseudomots entendus et répondre par des contractions volontaires de muscles faciaux. L’état de sommeil était contrôlé par polysomnographie. Un modèle hiérarchique de diffusion de l’information décompose les réponses en vitesse d’accumulation des indices, seuil décisionnel et temps de traitement sensorimoteur.

La décision lexicale demeure fonctionnelle en sommeil N1 et pendant le sommeil paradoxal lucide, selon deux organisations différentes. En N1, le traitement des mots familiers est relativement préservé, tandis que celui des pseudomots se dégrade. Pendant le rêve lucide, l’accumulation de l’information devient moins efficace, tandis que l’élévation du seuil décisionnel compense partiellement cette difficulté et permet de maintenir une certaine exactitude.

Aucun indice concluant d’une véritable décision lexicale n’est observé en N2 ou pendant le sommeil paradoxal non lucide, quoique le nombre réduit d’essais impose de rester prudent sur ce dernier résultat.

Xia, T., Hu, C.-P., Türker, B., Munoz Musat, E., Naccache, L., Arnulf, I., Oudiette, D., et Hu, X. (2026). « How sleeping minds decide: State-specific reconfigurations of lexical decision-making ». PLOS Computational Biology, 22(2), e1014007. DOI.

Les rêves lucides comme laboratoire de l’expérience onirique

Ouvrir et fermer les yeux dans un rêve

Konkoly et ses collègues ont demandé à 13 rêveurs lucides, dont quatre personnes atteintes de narcolepsie, d’ouvrir et de fermer leurs « yeux oniriques » tout en signalant ces actions par des mouvements oculaires convenus à l’avance. L’objectif était de déterminer si fermer les yeux à l’intérieur du rêve provoque, comme pendant la veille, une augmentation de l’activité EEG alpha.

Contrairement à ce qui est observé à l’état éveillé, la fermeture des yeux rêvés n’a pas entraîné d’augmentation alpha reproductible. Elle pouvait néanmoins modifier le contenu visuel du rêve, jusqu’à produire une disparition ou un assombrissement de la scène. Le geste imaginé possède donc des conséquences phénoménologiques, sans nécessairement reproduire le mécanisme cérébral correspondant à l’action réelle.

L’intérêt méthodologique est tout aussi important. Les chercheurs obtiennent des marqueurs temporels pendant le rêve lui-même et peuvent faire correspondre une action onirique déterminée à l’activité cérébrale enregistrée au même moment.

Konkoly, K. R., Al-Youssef, S., Mazurek, C. Y., Mallett, R., Morris, D. J., Gales, A., Arnulf, I., Oudiette, D., et Paller, K. A. (2026). « Using real-time reporting to investigate visual experiences in dreams ». Journal of Cognitive Neuroscience, 38(2), 365-380. DOI.

Signaler les émotions pendant le rêve

Une seconde étude, encore disponible sous forme de prépublication, applique cette méthode aux émotions. Vingt-quatre rêveurs lucides atteints de narcolepsie devaient indiquer, pendant leurs rêves, si l’émotion éprouvée était positive, négative ou neutre, au moyen de contractions faciales prédéfinies. Sur 126 siestes enregistrées, 62 comportaient au moins un signal émotionnel en sommeil paradoxal, pour un total de 191 signaux.

Les émotions positives et négatives apparaissaient globalement en proportions comparables. Les signalements successifs montrent surtout que la tonalité émotionnelle peut changer rapidement au cours d’un même rêve. La prépublication doit être interprétée avec prudence tant qu’elle n’a pas achevé le processus d’évaluation par les pairs.

Maranci, J.-B., Champetier, P., Oudiette, D., Chabani, E., et al. (2025). « Live access to the emotional dynamics of REM sleep dreams in lucid dreamers with narcolepsy ». bioRxiv [prépublication]. DOI.

Une thèse sur l’accueil clinique des expériences dites paranormales

Soutenue le 11 décembre 2025 à l’Université Paris 8, la thèse de Geoffrey Spriet étudie les parcours de personnes reçues à l’espace d’écoute de l’Institut Métapsychique International après avoir vécu des expériences qu’elles qualifient de « paranormales ». Il s’agit d’une recherche-action en psychologie clinique, fondée sur 32 cas et sur des entretiens non directifs, individuels ou collectifs.

L’originalité du travail tient au point de départ adopté. Le terme « paranormal » n’est pas considéré comme une catégorie diagnostique définie par le chercheur, ni comme une simple croyance à rectifier. Il constitue la qualification choisie par les personnes pour désigner une expérience vécue comme réelle, quoique difficile à intégrer aux cadres d’interprétation disponibles.

La notion centrale de « cartographie » désigne les modèles personnels et évolutifs par lesquels les témoins tentent de situer les phénomènes vécus, leurs causes possibles et leurs conséquences biographiques. Ces cartographies restent souvent instables, faute d’un cadre socialement reconnu qui puisse accueillir l’expérience sans l’annuler ni en imposer immédiatement une explication.

L’approche ethnopsychiatrique conduit à considérer que le travail clinique ne consiste pas nécessairement à départager d’emblée le réel et l’irréel. Il vise d’abord à comprendre dans quel monde l’expérience prend sens pour la personne, comment ce monde s’est construit et quels effets cette construction exerce sur son existence.

La thèse ne teste pas l’existence objective des phénomènes rapportés. Son objet est la manière dont les personnes construisent, transforment et négocient le sens de leurs expériences, ainsi que les conditions dans lesquelles un accompagnement peut soutenir ce travail sans réduire prématurément leur récit à un trouble ou à une explication unique.

Sa limite, du point de vue de la généralisation, tient au corpus clinique circonscrit et au caractère qualitatif de la méthode. Sa valeur réside dans la description détaillée des opérations par lesquelles les témoins rendent leurs expériences pensables.

Spriet, G. (2025). Les Cartographes de l’Impensé : explorations, parcours, et récits de personnes témoignant d’expériences « paranormales », accueillies à l’espace d’écoute de l’Institut Métapsychique International [Thèse de doctorat en psychologie, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis]. Notice officielle ; DOI.

Niveau de lecture : essentiel pour l’accueil clinique, sélectif pour la recherche expérimentale.

Bilan

Ces travaux invitent à ne pas superposer quatre dimensions : le stade physiologique du sommeil, le caractère onirique de l’expérience, l’accès aux informations extérieures et la capacité à effectuer une opération cognitive. Les deux thèses montrent, dans des cadres distincts, comment le remote viewing et les expériences dites paranormales deviennent des objets universitaires lorsqu’on précise la question étudiée : compétences informationnelles dans un cas, élaboration clinique et narrative dans l’autre.