Bulletin de la recherche psi · 18 septembre 2026

Préenregistrement et résultats positifs en recherche psi

Wiseman et Watt observent nettement moins de résultats significatifs dans les études psi préenregistrées. Ce que cette comparaison établit, et ce qu'elle ne permet pas de conclure.

En bref

Wiseman et Watt comparent les études confirmatoires inscrites dans le registre géré de la Koestler Parapsychology Unit à des études non préenregistrées publiées durant la même période. La proportion d’hypothèses significatives atteint 16 % dans le corpus préenregistré, contre 46,6 % dans le corpus non préenregistré. L’écart demeure visible lorsque l’expérience devient l’unité d’analyse.

Le constat indique que les résultats favorables sont nettement moins fréquents lorsque les hypothèses et les choix analytiques sont fixés et examinés avant l’étude. La comparaison reste observationnelle. Elle ne prouve donc pas que le préenregistrement cause à lui seul cette diminution et ne tranche pas la question de l’existence d’effets psi.

Référence
Wiseman, R., et Watt, C. (2026). « Study preregistration: An early example and analysis ». PeerJ, 14, e21360. Publié le 25 mai 2026. DOI et texte intégral.

Question étudiée

L’article demande si les études psi préenregistrées dans un dispositif exigeant produisent autant de résultats significatifs que les études comparables publiées sans préenregistrement. Le sujet relève de la métascience. Les auteurs n’évaluent pas un protocole psi particulier et n’estiment pas une taille d’effet globale. Ils examinent la manière dont l’organisation de la recherche peut modifier la fréquence des conclusions positives.

Un registre peut réduire la liberté de modifier les hypothèses, les exclusions ou les analyses après observation des données. Une baisse des résultats significatifs dans les études enregistrées peut donc signaler l’influence de cette flexibilité. Elle peut aussi refléter d’autres différences entre les groupes, telles que la puissance statistique, la qualité des protocoles ou les effets étudiés.

Fonctionnement du registre

Le registre de la Koestler Parapsychology Unit a été ouvert en 2012 pour les recherches expérimentales sur les capacités psi supposées. Les projets doivent être classés comme exploratoires ou confirmatoires. Pour un projet confirmatoire, les chercheurs décrivent notamment les hypothèses, les tests unilatéraux ou bilatéraux, les règles d’exclusion et le seuil retenu pour conclure.

Le dispositif est qualifié de registre géré. Les administrateurs examinent les protocoles, demandent la correction des ambiguïtés et publient le document accepté sur un site dont eux seuls disposent des droits de modification. Après le début de l’étude, le protocole ne peut plus être retiré ni modifié. Ce fonctionnement va au-delà d’un simple dépôt horodaté effectué sans examen.

Méthode

Les auteurs utilisent une analyse rétrospective d’archives couvrant la période allant de novembre 2012 au 1er novembre 2025. Le groupe préenregistré comprend les études confirmatoires du registre KPU répondant aux critères d’inclusion et disposant de résultats. Le groupe de comparaison réunit les travaux non préenregistrés publiés, durant la même période, dans les neuf revues ayant accueilli les résultats des études enregistrées.

Les articles pilotes ou exploratoires, les méta-analyses, les expériences déclarées invalides par leurs auteurs et les travaux sans évaluation statistique ont été exclus. Les deux auteurs ont codé indépendamment le nombre d’hypothèses formelles, le nombre d’hypothèses soutenues et le domaine principal, perception extrasensorielle ou psychokinèse. Les désaccords, présents pour environ 15 % des articles, ont été résolus par discussion.

Résultats

Indicateur Préenregistré Non préenregistré Comparaison
Corpus 38 études, 42 expériences, 100 hypothèses 71 articles, 93 expériences, 204 hypothèses Groupes observés
Hypothèses significatives 16 sur 100, soit 16,0 % 95 sur 204, soit 46,6 % χ² = 25,75 ; p < 0,0001 ; φ = 0,30
Expériences avec au moins un résultat significatif 14 sur 42, soit 33 % 59 sur 93, soit 63 % χ² = 10,56 ; p < 0,001 ; φ = 0,28
Articles sur la perception extrasensorielle 30 sur 38, soit 78,9 % 48 sur 71, soit 67,6 % χ² = 1,06 ; p = 0,31 ; φ = 0,12

La comparaison principale correspond à un écart de 30,6 points de pourcentage. Une hypothèse est presque trois fois plus souvent déclarée significative dans le corpus non préenregistré. L’analyse complémentaire au niveau de l’expérience réduit le problème de dépendance entre plusieurs hypothèses issues du même protocole. Elle retrouve un écart de même direction.

Interprétation

Le résultat principal ne porte pas sur la réalité du psi. Il porte sur la stabilité du bilan expérimental lorsque les décisions confirmatoires sont consignées avant la collecte et examinées par des tiers. Le corpus issu du registre géré est beaucoup moins favorable que la littérature non enregistrée. Cette observation rend moins crédible une lecture des publications positives qui ignorerait le statut du protocole et la date à laquelle les analyses ont été fixées.

L’étude distingue aussi deux questions souvent confondues. La publication de nombreux résultats nuls peut témoigner d’une certaine tolérance éditoriale. Elle ne suffit pas à exclure la sélection des hypothèses, des analyses ou des expériences. Le préenregistrement agit plus tôt dans la chaîne de recherche en rendant visibles les décisions prises avant les résultats.

Forces méthodologiques

  • Le corpus préenregistré couvre l’ensemble des études confirmatoires admissibles du registre spécialisé disposant de résultats.
  • Le groupe de comparaison est recherché dans les mêmes revues et sur la même période.
  • Les deux auteurs codent indépendamment les articles et signalent leurs désaccords.
  • Une analyse complémentaire utilise l’expérience comme unité, ce qui limite la dépendance créée par plusieurs hypothèses au sein d’une même expérience.
  • Les données brutes sont accessibles avec l’article et permettent des analyses secondaires.

Limites

  • La comparaison est observationnelle. Les équipes n’ont pas été réparties au hasard entre préenregistrement et absence de préenregistrement.
  • Les groupes peuvent différer par leur puissance statistique, la taille réelle des effets recherchés, la qualité des protocoles ou l’expérience des équipes.
  • Le critère principal est binaire. Il ne décrit ni la taille, ni la direction, ni la précision des effets.
  • L’analyse au niveau de l’expérience est postérieure au plan principal et reste elle aussi binaire.
  • Les auteurs qualifient leurs analyses d’exploratoires. Leur étude métascientifique ne bénéficie donc pas du verrouillage confirmatoire évalué dans le corpus.
  • Le suivi du registre n’est pas complet. Parmi 53 études confirmatoires inscrites avant la clôture, huit n’avaient pas transmis de résultats et cinq étaient signalées comme interrompues.
  • Caroline Watt administre le registre étudié. Ce lien est déclaré. L’accès aux données facilite le contrôle indépendant qui reste souhaitable.

Conséquences pour les recherches psi

Pour les futures revues et méta-analyses, il devient insuffisant de classer les travaux en deux catégories, publiés et non publiés. Il faut au minimum distinguer les études non enregistrées, les dépôts sans examen préalable et les protocoles confirmatoires examinés avant la collecte avec suivi public des résultats. Ces catégories n’offrent pas le même niveau de protection contre la flexibilité analytique et la non-déclaration.

Le résultat plaide aussi pour un suivi systématique des études interrompues ou restées sans résultats. Un registre ne remplit pleinement sa fonction que si le protocole est précis, immuable, accessible et relié à une issue documentée. La comparaison entre protocole annoncé et article final devrait devenir une étape ordinaire de l’évaluation.

Conclusion

Wiseman et Watt mettent en évidence une association forte entre inscription dans un registre géré et moindre fréquence de résultats significatifs en recherche psi. Le constat résiste à une seconde analyse utilisant l’expérience comme unité. Il invite à interpréter avec davantage de prudence les corpus non préenregistrés et à donner plus de poids aux protocoles confirmatoires examinés avant la collecte.

La conclusion doit rester proportionnée aux données. L’article n’établit pas que le préenregistrement explique seul l’écart, ne mesure pas l’amplitude des effets psi et ne permet pas de conclure à leur présence ou à leur absence. Son apport principal est institutionnel et méthodologique.

Sources

Bulletin rédigé à partir de l’article intégral et de ses informations bibliographiques publiques. Liens vérifiés le 18 septembre 2026.